Généralités

Il y a fort fort longtemps…

Les premiers insectes sont apparus bien avant les dinosaures, il y a 450 millions d’années, et il aura fallu attendre 100 millions d’années encore pour voir apparaître les hyménoptères (les insectes ailés). C’est d’ailleurs dans le Nord–Pas-de-Calais, plus précisément à Avion, qu’un Français a découvert un hyménoptère qui n’est pas tout à fait une guêpe, mais s’en approche, accréditant l’hypothèse d’une apparition des hyménoptères autour de 350 Ma (millions d’années).
Quant aux premières abeilles, elles sont probablement apparues pendant l’évolution et la diversification des angiospermes (les plantes à fleurs), il y a environ 120 à 100 millions d’années pendant le crétacé.

Frise chronologique : l’évolution de l’abeille

Pour l’abeille elle-même, le plus ancien fossile découvert est Melittosphex_burmensis, dans une mine au nord de la Birmanie.  Datant de 100 millions d’années, Melittosphex burmensis est un apidé considéré comme proche de l’abeille moderne. Il possède en effet des caractéristiques propres aux abeilles (des poils ramifiés sur les pattes et le corps), mais conserve également des traits ancestraux le rapprochant de la guêpe (éperons sur les pattes et barsitarsus arrière mince).

Melittosphex_burmensis (CC BY-SA 3.0 www.wikipedia.org)

C’est ce qui permet de supposer que les abeilles, tout comme les fourmis, sont une spécialisation des guêpes qui avec le temps ont changé de comportement alimentaire. L’hypothèse serait que des guêpes ont évolué à force de faire consommer à leurs larves des proies couvertes de pollen. On retrouve d’ailleurs cette même possibilité d’un scénario évolutif chez certaines guêpes (les Masarines) qui de nos jours consomment du pollen et du nectar tout comme les abeilles.

Auparavant, le plus ancien fossile datait de 96 millions d’années. Il s’agit de Cretotrigona prisca qui était une abeille tropicale dépourvue de dard et , faisant partie de la tribu des Meliponini sein de la famille des Apidae supérieurs.

 Cretotrigona prisca (CC BY-NC 4.0 www.fossilmuseum.net)

Au début solitaires et restreintes dans le butinage de certaines fleurs, elles ont évolué en devenant des pollinisatrices pour un nombre toujours plus croissant de fleurs en même temps qu’elles développaient leurs techniques de construction. On parle d’ailleurs de coévolution puisque les fleurs ont évolué en même temps : les abeilles sont devenues des pollinisatrices d’excellence en développant des poils scopaux et des paniers à pollen,  tandis que les fleurs développaient une belle récompense sous la forme d’un nectar qui leur serait réservé dans un long tube. Seules les abeilles ayant une longue langue ont alors le privilège de s’y abreuver.

Concernant l’abeille sous sa forme actuelle, c’est à dire dotée d’un aiguillon, elle remonterait à environ 50 millions d’années. Cela repose sur la découverte de plusieurs fossiles remontant de 37 à 48 millions d’années.

Après le mésozoïque où il y avait un climat tropical jusqu’il y a 30 millions d’années, le climat se refroidit et les abeilles se déplacent pour se réfugier au sud de l’Asie. C’est durant cette transition que les abeilles auraient commencé à mettre le couvain dans des endroits abrités afin de le protéger.

Elles regagnent par la suite des régions plus froides en Europe grâce à cette nouvelle capacité de protection, tout en profitant du climat qui devient plus clément en se réchauffant comme l’atteste la présence de fossiles d’Apis en Allemagne et dans le sud de la France datant de 20 millions d’années.

On distingue à la suite de ses migrations, il y a 9 Ma, trois grandes espèces : Apis florea, Apis dorsata, et l’ancêtre commun d’Apis cerana et d’Apis mellifera.  Apis cerana et Apis mellifera seront séparées géographiquement pendant plus d’un million d’années et vont évoluer chacune de leur côté pour donner ces deux espèces bien distinctes il y a environ 6 millions d’années.

 Walker, K. (2005), Apis cerana, A. mellifera & A. dorsata, http://www.padil.gov.au

Apis mellifera, forte de sa capacité à coloniser les milieux tempérer, s’étend alors de l’Asie vers la méditerranée, la péninsule arabique, et l’Afrique jusqu’au sud.
Cependant, l’histoire se répète et Apis mellifera va à nouveau être isolé des autres sous-espèces il y a 2 millions d’années à cause d’une période glaciaire qui rend le nord de l’Europe particulièrement inhospitalier.

Apis mellifera va par la suite bénéficier du réchauffement il y a 14 000 ans pour se diversifier et essaimer à partir du nord de l’Afrique, en formant de nouvelles lignées : Lignée A pour l’Afrique, Lignées C (Carnica)  et O (orientale) pour le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est (variétés italienne, Carniolienne et cacasienne), et vers le nord et l’ouest, la lignée M (Mellifera), qui sera notre abeille noire.

Notre abeille noire européenne (Apis m. mellifera), bénéficiant d’une force capacité d’hivernage, a continué son développement pour étendre sa zone de vie, colonisant jusqu’à la Sibérie ou la Norvège. De nos jours, Apis mellifera couvre l’Afrique, l’Europe, et l’Asie (à l’exception du sud-est partagé entre trois autres espèces).

Voilà donc ce que les recherches à base de génétique et de fossiles nous laissent supposer pour le moment. En comparaison, l’homme est tout récent avec ses quelque 7 millions d’années pour les premiers hominidés, et  à peine 200 000 ans pour l’homo sapiens, c’est-à-dire l’homme moderne.